Martine Lacroix : bridgeuse de chez nous
médaillée d’argent aux Olympiades de bridge

par Marc Fiset - Octobre 2000



Il n’est pas facile de percer sur la scène canadienne du bridge. Parfois, il faut un peu de chance...

En 1998, Martine Lacroix participe pour la première fois aux championnats canadiens féminins. L’équipe d’alors n’avait pas beaucoup de chances de se qualifier. Elle y allait pour l’expérience comme on dit. Un ami de longue date, André Laliberté de Québec y était. Il avait rencontré Francine Cimon — championne canadienne de longue date, probablement la meilleure joueuse au pays — qui lui avait fait part de son désir de se trouver une nouvelle partenaire. Connaissant l’excellence de Martine, André les a présentées l’une à l’autre.

Mais il ne suffit pas d’avoir de la chance, encore faut-il la saisir...

En août 1998, elles ont commencé à développer leur système d’enchères et à jouer ensemble. Depuis ce temps, quatre à cinq fois par semaine elles discutent au téléphone ou disputent des matchs sur l’internet. De nombreuses heures de travail à chaque semaine. Fait amusant, en deux ans, elles n’ont joué que quatre fois seulement physiquement une en face de l’autre; voyez-vous Francine demeure à Montréal.

C’est avec Francine que Martine en juillet 1999, a remporté son premier championnat canadien à Toronto (passeport pour Maastricht) et son second, cette année, à Halifax (passeport pour les prochains championnats du monde qui auront lieu à Bali en Indonésie).

On le sait, le bridge exige une grande faculté de concentration. Lors des enchères, le bridgeur use de mémoire et de jugement pour choisir la bonne enchère, celle qui décrira le mieux son jeu à son partenaire. Lors du déroulement du coup, il doit, tel un détective, reconstruire et visualiser les mains cachées à l’aide d’indices, pour préparer son plan d’attaque ou, avec la collaboration de son partenaire, faire chuter le déclarant. La moindre inattention peut être fatale. Une convention ou une carte oubliée fera dérailler le plan le mieux conçu.

Les Olympiades de bridge de Maastricht (26 août au 9 septembre 2000) exigeaient encore plus des compétitrices. L’endurance et une grande volonté de vaincre étaient aussi nécessaires, car le tournoi se jouait en 13 jours consécutifs et — à la différence d’une séance régulière de 24 donnes — c’est 60 à 72 donnes qu’on y jouait par jour.

Quarante sélections nationales ont pris part à la compétition qui se déroula en deux temps. D’abord, une phase de qualification où les équipes séparées en deux groupes s’affrontaient en tournoi à la ronde réparti. Puis une phase éliminatoire, où les huit meilleures de chaque groupe étaient retenues pour s’affronter dans un match sans lendemain pour les perdantes.

Les canadiennes ont terminé la ronde de qualification au troisième rang de leur groupe. En huitième de finale, elles ont vaincu les Suédoises; en quart de finale, les Sud-Africaines et en demi-finale les Allemandes. Elles se sont finalement inclinées en finale contre les Américaines. La médaille d’argent ainsi conquise fut une première pour les Canadiennes qui, par le passé, avaient raflé le bronze à deux reprises.

L’équipe a d’évidence connu un excellent championnat mais, surprise, c’est le duo Cimon-Lacroix qui a le mieux performé parmi les trois paires de l’équipe . Un classement officieux compilé en fin de tournoi les situait au 7e rang parmi toutes les paires (120) qui ont participé au championnat. Surprise, puisqu’elles mêmes n’avaient pas placé la barre si haute.

L’apport de Martine, ne s’est pas limité qu’à des résultats tangibles. Aussi, au dire de son capitaine, elle a contribué grandement à l’esprit d’équipe en démontrant son désir de vaincre et en encourageant ses coéquipières. Enfin, Eric Kokish, grand gourou du bridge, a même avancé que la paire Cimon-Lacroix constituait une des belles révélations du championnat.

La donne suivante a été jouée lors du tournoi à la ronde. Je vous invite à accompagner Martine.

Donneur : Ouest
Vulnérabilité : Nord-Sud

Nord
ARD72
1075
85
DV6
Ouest Est
109843 V5
AR932 D
--- RD97432
983 R72
Sud
6
V864
AV106
A1054
Ouest Nord Est Sud
Passe 1 3 ?

La majorité des experts aujourd’hui utilise le contre négatif au moins jusqu’au niveau de 3 piques. Le contre de pénalité ici ne s’applique donc pas. Passer et espérer que le partenaire rouvre par un contre? C’est trop risqué, le partenaire n’est pas obligé de garder les enchères ouvertes. Un contre négatif? Avec un singleton dans la couleur du partenaire et la moitié de vos points dans la couleur des adversaires, où aboutirez-vous s’il a une distribution 5-3-2-3 ou 6-3-1-3? Dans un fit à sept cartes au niveau de trois quand l’adversaire vous a averti que les couleurs ne casseraient pas! Trois sans-atout avec seulement 10 points d’honneur? Vous êtes mieux d’avoir confiance dans votre jeu de la carte!

Essayez! Ouest entame le 3 de coeur et la Dame d’Est tient la levée. Retour pique pour la Dame du mort. La règle de onze vous informe qu’Est n’a qu’une seule carte plus haute que le 3 de coeur; son enchère et son retour vous indiquent aussi que la Dame est sèche. On joue maintenant le reste du coup à cartes ouvertes. Au mort et comme vous n’avez pas d’autre entrée, vous prenez l’impasse à trèfle. La Dame tient, mais il n’est pas question de refaire l’impasse immédiatement car, si le Valet est couvert, vous serez coupé du mort à jamais. On encaisse donc les deux piques majeurs sur lesquels on défausse deux cœurs. Puis le Valet de trèfle, couvert du Roi, suivi de deux autres trèfles. Vous avez sept levées en caisse et la position finale est:


Nord
7
107
85
---
Ouest Est
109 ---
AR9 ---
--- RD974
--- ---
Sud
---
V
AV106
---

Il ne vous reste qu’à jouer le Valet de carreau de votre main pour la mise en main finale. Est est obligée de vous concéder deux autres levées à carreau et votre contrat.